Archives par mot-clé : islam

« Et moi je vis toujours », le roman posthume de Jean d’Ormesson

Article inédit – Jonas Follonier

Longtemps, j’ai erré dans une forêt obscure. J’étais presque seul. Peu de voisins, pas d’amis. Pour ainsi dire pas de parents. J’ai à peine connu ma mère qui m’avait donné son lait. Je n’ai guère eu le temps de m’attacher à elle. Mon père n’était jamais là. Il se promenait, il courait les filles, il se battait, il chassait.

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Un nouvel antisémitisme au double visage

Le Regard Libre N° 38 – Jonas Follonier

« Dans le populaire 19e arrondissement de Paris, les juifs en font l’amer constat : leur vie quotidienne a bien changé. » Voilà comment débute le nouveau reportage de l’hebdomadaire français Le Point, publié le 6 avril dernier, très instructif sur ce phénomène plus que préoccupant. L’antisémitisme, perpétuelle plaie qui n’en finira pas de souiller l’histoire de l’humanité, est bien vivant, et son nouveau visage est double : islamique et d’extrême gauche.

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Tariq Ramadan : le silence des complices

Le Regard Libre N° 34 – Jonas Follonier

Après la plainte de deux Françaises à l’encontre de Tariq Ramadan pour viol et agressions sexuelles, et suite à une série de révélations émanant d’anciennes élèves de l’islamologue alors professeur à Genève, les bons observateurs auront ressenti un silence pesant. Accablant. Inacceptable. Celui des islamo-gauchistes.

Si le concept d’islamo-gauchisme peut se discuter, les faits, eux, sont là : a-t-on vu les journalistes de Mediapart, d’habitude si enclins à appuyer les scandales qui descendent les puissants, mettre en lumière l’affaire Ramadan ? A-t-on entendu son président, le trotskiste Edwy Plenel, prendre la parole sur les plateaux ? A-t-on vu le philosophe Edgar Morin ou le sociologue Jean Ziegler se joindre à la cause des victimes ? Non. Continuer la lecture de Tariq Ramadan : le silence des complices

« Le Brio »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Ce qui compte, c’est d’avoir raison ; la vérité on s’en fout. »

La banlieue parisienne, traversée par le métro. Neïla Salah (Camélia Jordana) se rend en Place du Panthéon, à l’Université Assas, pour un premier jour d’études en droit. Son retard de cinq minutes lui coûte cependant l’attention du professeur Pierre Mazard (Daniel Auteuil). Face à une assemblée ébahie, le docte orateur humilie la jeune étudiante sous des jeux de mots et des remarques pointant directement du doigt le faciès sémite de Neïla. Comme si cela ne lui suffisait pas pour s’attirer des problème, il enchaîne avec une critique moqueuse de l’islam. La haine est signée. Pierre Mazard est convoqué par le doyen de la faculté. Seule solution de rachat : préparer la proie de la rentrée au prestigieux concours d’éloquence.

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Reconnaissance à l’Espagne

Le Regard Libre N° 32 – Hélène Lavoyer

Le second voyage de Christophe Colomb pour l’Amérique du Sud commença le 25 septembre 1493. 524 ans après, la colonisation est encore un sujet brûlant. Le pamphlet Très brève relation de la destruction des Indes, publié en 1552, avait pour but d’être un secours pour les indigènes ; au lieu de cela, c’est surtout un dégoût de l’Espagne qu’il a engendré.

« Très brève relation »

Lorsque le regard se pose sur les mots de Bartolomé de Las Casas, qu’il envoya au Prince Philippe d’Espagne dans sa Très brève relation de la destruction des Indes, on sent son cœur se serrer et s’assécher en découvrant quelques-unes des monstruosités infligées aux Indiens d’Amérique latine du temps de la colonisation, toutes plus atroces les unes que les autres. Il est même difficile de finir cette Très brève relation qui insiste et appuie sur des images d’horreur que l’imagination peine à se figurer.

Bartolomé de Las Casas a été l’une des premières voix à s’élever contre les tortures et l’exploitation subies quotidiennement par les Indiens d’Amérique latine. D’une façon crue, parfois exagérée et souvent discutée, il évoque les communautés indiennes, leur nombre, leurs richesses, leur immatérialisme, leur dévouement et leur docilité à l’égard des conquistadors espagnols. Cet ouvrage d’une puissance inouïe, fait de mots puisés dans le cœur effaré du prêtre, représente la nécessité de crier la disparition de quelque chose d’inestimable, l’urgence de se soulever. Quel noble désir.

Une participation à la Légende Noire

Cependant, même les volontés les plus morales et les désirs les plus nobles peuvent avoir des conséquences inattendues Continuer la lecture de Reconnaissance à l’Espagne

Le « Burkini » de Maya el Hajj

Le Regard Libre N° 31 – Rebeca Negash

Une peintre musulmane déchirée entre son choix d’être voilée et son besoin d’être femme pour se sentir exister. Voici le cœur du premier roman de la journaliste Maya el Hajj. Notre article.

Femme voilée, femme forcément condamnée ?

« Et si je devais représenter par un mot la vie que je mène, je ne trouverais pas mieux que Burkini, terme créé par une femme australienne musulmane et qui concilie deux mots : Burqa et Bikini, pour désigner une tenue de bain qu’elle a conçu pour elle et pour toute femme que le voile empêche d’accompagner ses amies et sa famille à la plage.

J’ai tant de fois vu ce Burkini chez des amies voilées qui vivent dans des pays dépourvus de piscines réservées aux femmes. Mais jamais je n’ai pu m’imaginer dans une telle tenue. Soit le bikini dans des piscines réservées aux femmes, soit pas de baignade. Car ce que j’aime dans la natation c’est m’immerger dans l’eau et laisser les gouttes étinceler sur mon corps. Je vis vraiment entre deux mondes, entre mes vêtements chastes et mes idées libérées, entre un voile qui me couvre et des corps nus qui me fascinent, entre la burqa et le bikini. » Continuer la lecture de Le « Burkini » de Maya el Hajj

L’islam en Suisse : l’heure du débat ?

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

L’entrevue donnée par Saïda Keller-Messahli dans Le Temps du 2 septembre fait son effet sur le lecteur. Dans le cadre du lancement de son nouveau livre Islamistische Drehscheibe Schweiz: Ein Blick hinter die Kulissen der Moscheen, elle veut nous avertir sur le problème que pose l’islam actuellement dans notre pays. La présidente et directrice du Forum pour un islam progressiste dresse un constat alarmant.

C’est le moins que l’on puisse dire. Selon elle, il existe « une stratégie globale qui vise à implanter un islam conservateur, rétrograde, discriminant et parfois violent » et que « l’islam radical s’est invité dans les mosquées suisses ». Elle indique par ailleurs que « chaque mosquée ou presque à son jardin d’enfants ou son groupe de jeunes. Il s’avère que ce sont des lieux d’endoctrinement religieux ». Continuer la lecture de L’islam en Suisse : l’heure du débat ?

Regards sur la Perse, été 2016

Le Regard Libre N° 29 – Baptiste Michellod (notre invité du mois)

J’ai eu la chance de vivre l’espace de deux mois en Iran durant l’été passé. Un stage proposé par l’association étudiante internationale AIESEC m’a permis de vivre avec des locaux tout en organisant plusieurs activités pour de jeunes réfugiés afghans vivant à Téhéran.

L’Iran est un pays empli de mystères et rayonnant de beauté. La Perse n’a cessé de m’émerveiller, des crêtes arides de l’Ouest aux imposantes ruines de Persepolis, en passant par Téhéran la Tumultueuse, les mosquées bleues d’Ispahan, les monuments dédiés aux poètes de Shiraz et l’énigmatique cité de Yazd. Longueur d’article oblige, j’ai décidé de me contenter de vous présenter une personne et un lieu qui m’ont tous deux profondément marqué. Continuer la lecture de Regards sur la Perse, été 2016

L’amour comme ciment du religieux

Le Regard Libre N° 26 – Léa Farine

« L’âme du philosophe veille dans sa tête. L’âme du poète vole dans son cœur. L’âme du chanteur vibre dans sa gorge. Mais l’âme de la danseuse vit dans son corps tout entier », écrit Khalil Gibran dans son poème « La Danseuse ».

Nombreux sont les courants de pensée, ou religieux, qui reconnaissent le corps comme un véhicule où, véritablement, l’âme peut se déployer pour entrer en contact avec Dieu. Le salut, alors, passe par l’incarnation : aucune libération n’est possible après la mort puisque cette libération a besoin du corps pour s’opérer, par l’ascèse, par la danse, par l’érotisme peut-être.

Créatures et créateur

Bien loin de cette conception, l’islam et le christianisme perçoivent le corps de manière différente, pour des raisons théologiques et historiques incontournables. Dans chacun de ces deux grands monothéismes, la rédemption intervient seulement après la mort. Si le contact avec Dieu peut toutefois s’établir, c’est à travers une distance immense car Dieu est souffle, verbe, mais jamais chair. Corps et âme ne peuvent se rejoindre car, par définition, Dieu est « tout ce qui n’est pas le corps » et la matière est « tout ce qui n’est pas Dieu », puisque la création ne peut se confondre avec le créateur. Dieu ou une parcelle de Dieu peut habiter un corps, ou le visiter durant l’existence physique d’un être, mais l’être ne peut pleinement retourner à Dieu tant que ce corps existe. Continuer la lecture de L’amour comme ciment du religieux

Islamofacile

Les lundis de l’actualité – Léa Farine

Le décret anti-musulman de Donald Trump, une occasion en or de dénoncer le manque souvent total de profondeur des débats sur l’islam, sur l’Etat islamique et sur le terrorisme. Le raisonnement du président américain : les terroristes commettent des actes atroces au nom de leur religion, donc cette religion est mauvaise, donc les musulmans sont dangereux, donc il est justifié de les maintenir à distance afin de protéger la population américaine. C’est facile, tellement facile qu’on peut appliquer le même canevas à n’importe quoi. Les croisades vers la terre sainte, par exemple, du XIème au XIIème siècle, entreprises guerrières menées au nom de la religion catholique, cette fois, avec un « leitmotiv » somme toute universel : convertir ou anéantir l’hérétique.

Or l’on devrait avoir compris, à force, que ce qui crée le conflit ne consiste jamais dans la forme particulière que peut revêtir tel ou tel dogme ou système de croyances. L’animal humain est capable de se montrer coopératif et bienveillant mais, quand les circonstances extérieures le permettent et sous l’influence de différents facteurs, il peut également être guidé par des réflexes tout ataviques de domination et d’extension de son pouvoir. Et l’histoire nous enseigne que quand un individu ou un groupe d’individus cherche à asseoir ce pouvoir de façon belliqueuse et au mépris de l’autre, d’une part, et qu’il a les moyens de le faire, d’autre part, les conséquences sont meurtrières. Continuer la lecture de Islamofacile