« Mal de pierres »

Le Regard Libre N° 22 – Loris S. Musumeci

La plus banale des tragédies amoureuses est ici présentée dans la première partie de Mal de pierres. Pourtant, face à ce chef-d’œuvre de Nicole Garcia, présenté actuellement au cinématographe, on ne reste pas indifférent. On ne le visionne pas comme un simple bon film pour lequel on versera, au mieux, quelques larmes à la fin de la séance. La sélection des acteurs, l’impeccable et libre esthétique de la prise d’images ainsi que les primordiaux détails de fond qui trouvent un sens à l’amour, font de ce métrage de l’existence une excellente réussite.

Les genoux de Gabrielle sont cloués à la banquette de la chapelle, ses yeux coulent et ses mains s’étouffent dans la prière, lorsqu’elle demande au Christ encore souffrant, du haut de sa misérable croix : « Donnez-moi la chose principale ou laissez-moi mourir. » Continuer la lecture de « Mal de pierres »

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Personne n’a le monopole du populisme

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

J’ai donc, comme beaucoup, passé ma nuit de mardi à mercredi scotché devant CNN et les magnifiques explications de John King tapotant de manière effrénée sur son écran tactile qui permettait de découvrir les résultats en détail. Décidément, quel spectacle… Il faut dire que le scénario fut passionnant. Passer d’une élection quasi assurée de la candidate mainstream appréciée de tous les médias, au doute, puis à l’élection de Trump et enfin à son discours empli de bon sens et de sagesse. Impossible de s’endormir devant pareille tragédie. Et que dire de ce qui suivit. Que de réactions outrées, horrifiées, exagérées et souvent fausses. Quel amoncèlement de bêtises, de niaiseries et de jérémiades insupportables. En lisant la presse, notamment française, je découvris qu’un horrible candidat populiste venait de l’emporter, nous faisant basculer dans une nouvelle ère. Comme si le populisme venait de naître et de s’imposer.

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Les dernières sorties cinéma

Article inédit – Jonas Follonier

Les dernières sorties cinématographiques ont offert un large panel d’ambiances, d’images, de scénarios… Loris S. Musumeci, dans notre édition de novembre, a fait une très bonne critique de Mal de pierres. Trois autres films, actuellement sur les écrans, valent le détour.

le-ciel-attendraLe ciel attendra (10/10) – Ce drame français est tout d’abord une grande oeuvre artistique : l’esthétique est au rendez-vous avec des acteurs talentueux, un scénario et une réalisation parfaites, signées Marie-Castile Mention, et une musique remarquable. C’est ensuite un film actuel et universel : le thème de la radicalisation islamiste de jeunes Françaises (musulmanes ou non) est traité de manière bouleversante. Un film qui évite l’engagement bateau, enfin, car il ne fait ressortir de ces tragédies qu’un sentiment de totale incompréhension magnifiquement interprété par Sandrine Bonnaire, Zinedine Soualem et Clotilde Courau. Continuer la lecture de Les dernières sorties cinéma

Malaise dans la civilisation

Les lundis de l’actualité – Léa Farine

Le samedi 29 octobre, une tête de porc sanglante est déposée devant un foyer pour requérants d’asile mineurs non accompagnés à Sion. Alors que la plupart des élus valaisans contactés par RTS Info se disent profondément choqués par ce geste haineux, l’UDC Jérôme Desmeules, lui, le justifie par « une frustration à l’égard de personnes, les requérants d’asile, dont la présence est imposée par le canton sans concertation avec les communes ».

Mais en réalité, un tel comportement ne dit rien ni de ceux qu’il vise, ni d’une quelconque problématique d’ordre politique en lien avec les réfugiés. Ce qu’il met en évidence seulement, c’est la violence à laquelle mène le discours cher aux partis d’extrême-droite. Les concepts vides de sens que sont « le choc des civilisations », « la confrontation des valeurs » ou pire, « la culture face à la barbarie », ne sont que d’absurdes postures de façade ayant pour résultat de donner un sentiment de légitimité à des individus qui laissent exploser leur propre sauvagerie tout en la projetant sur l’autre. Continuer la lecture de Malaise dans la civilisation

Aimons la vie !

Le Regard Libre N° 22 – Jonas Follonier

Il y a des gens qui s’ennuient. Pire, il y a des gens qui n’aiment pas la vie (cela est encore plus grave quand ils ne sont pas dans la misère). Cet éditorial a pour but de leur faire changer d’avis, ou du moins de leur montrer qu’un changement d’avis est possible. Selon moi, le fait d’aimer la vie a un lien fort avec la passion, la sensibilité et le goût du perfectionnement.

Commençons par la passion. Depuis les romantiques, nous avons une certaine idée de ce qu’est la passion amoureuse. Ici, le concept de passion doit être pris plus largement. Le fait de se forger une identité personnelle dépend en grande partie de notre capacité à avoir des préférences, notamment artistiques, sexuelles ou encore sociales. Cette disposition à avoir de l’intérêt pour quelque chose et de cultiver cet intérêt, je la nomme passion. Les Alpes sont si grandes, YouTube est si riche, les choix d’activités sont si vastes, que la passion s’impose. Continuer la lecture de Aimons la vie !

« Impression, soleil levant »

Le Regard Libre N° 21 – Loris S. Musumeci

C’en est fini des détails travaillés et retravaillés ; la peinture impressionniste ne représente que l’éblouissement du premier regard. Cela n’est pas du goût de tout le monde, surtout pas au coucher d’un XIXe siècle dominé par le romantisme artistique fin, délicat et poli. Justement à cause d’une critique piquante, les impressionnistes se sont attribué ce nom qui leur va si bien.

Tout commença par la toile Impression, soleil levant de Claude Monet, alias le Prince des Impressionnistes. Lorsqu’elle fut présentée en 1874 à l’exposition de la nouvelle Société anonyme coopérative d’artistes-peintres, sculpteurs, graveurs et autres, à Paris, le peintre et écrivain Louis Leroy ne manqua point de sévérité dans sa critique pour Le Charivari. « Impression – je le savais bien ! Je me disais justement, si je suis impressionné c’est qu’il y a là une impression. Et quelle liberté, quelle légèreté du pinceau ! Un papier-peint est plus travaillé que cette marine. » Continuer la lecture de « Impression, soleil levant »

Adieu Europe, adieu libre échange – Le nouveau monde a gagné

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Ce qui semblait poindre avec le Brexit est désormais confirmé. L’Europe qu’on soupçonnait d’être divisible est divisée. La polémique autour du traité économique et commercial global CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) qui devait lier l’Union Européenne et le Canada vient appuyer cette thèse. L’UE est une vieille dame qui ne sait plus à quel saint se vouer. D’habitude très centralisatrice – ce qui explique une partie du désamour qu’elle rencontre – elle s’essaie parfois au fédéralisme. Et bien évidemment, c’est un échec. Comment croire qu’une machine qui d’habitude se suffit à elle-même, puisse – le jour venu – compter sur les différents parlements nationaux et pire, sur la population ?

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« Expliquons les bienfaits de la globalisation » (Rencontre avec Stéphane Garelli)

Le Regard Libre N° 21 – Nicolas Jutzet et Jonas Follonier

Chaque domaine a ses stars : Johnny Hallyday dans le rock français, Michel Cymes dans la médecine, Jamy dans la vulgarisation scientifique… En économie, tous vous diront que la star suisse est Stéphane Garelli. L’homme impose le respect : professeur à l’Université de Lausanne ainsi qu’à l’IMD, président du conseil d’administration du journal Le Temps, ancien directeur général du Forum économique mondial et du Symposium de Davos, on ne compte plus les hautes responsabilités de Stéphane Garelli. Mais surtout, l’économiste est connu pour son talent de pédagogue. Rencontre à Sion le 5 septembre dernier.

N. J. et J. F. : Dans une interview récente, Jean Tirole, prix Nobel de l’économie, dit la chose suivante : « J’ai pris conscience de ma responsabilité de communiquer sur ce que ma discipline a à dire sur nos choix de société. » L’économiste que vous êtes a-t-il un devoir pédagogique, une mission ? Celle de simplifier le message pour que la foule comprenne les enjeux au mieux ?

Stéphane Garelli : Je pense qu’il s’agit d’une des responsabilités non seulement de l’économiste, mais aussi du professeur que je suis. Je crois que, souvent, les économistes ont été des gens trop incompréhensibles, alors que l’économie doit toucher le quotidien de chaque personne, elle doit leur parler. Les économistes ont utilisé excessivement des termes que personne ne comprenait, y compris eux-mêmes. Les écoles d’économie étaient aussi trop orientées vers les mathématiques, ce qui rendait la discipline encore plus incompréhensible. Continuer la lecture de « Expliquons les bienfaits de la globalisation » (Rencontre avec Stéphane Garelli)

Le noble Bob Dylan

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Le 12 novembre 2016 restera dans les mémoires. Il y a quatre jours, le Prix Nobel de littérature a été décerné non pas à Philip Roth ou à Haruki Murakami, mais à un auteur-compositeur-interprète connu pour son talent poétique et son genre musical, le folk rock, qu’il popularisa durant les années 60 et développa durant les années 70 et au-delà : Bob Dylan.

Maintenant encore, cet inspirateur aussi bien de Francis Cabrel que de Guns n’ Roses prouve son génie artistique d’album en album. Mérite-t-il pour autant un Prix Nobel ? Difficile à dire. Même au Regard Libre, personne n’a un avis figé sur la question. Nul ne peut être insensible à l’univers musical de ce créateur du rock moderne, là n’est pas la question. Il demeure cette interrogation : en décernant leur prix prestigieux à Dylan, les académiciens suédois ne sont-ils pas en train de mélanger les choses ? Continuer la lecture de Le noble Bob Dylan

Les vertus du silence

Le Regard Libre N° 21 – Jonas Follonier

Le silence, peu à peu, disparaît de notre monde. Bien que je haïsse les «c’était mieux avant», la nostalgie, elle, ne m’incommode pas: quand elle est justifiée, c’est le plus beau sentiment qui soit. Ainsi en est-il de mon regret du silence, cet ami de l’homme qui ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir.

Nous pourrions dire que le silence est au bruit ce que les trous sont à la matière. Il existe actuellement des discussions passionnantes dans les instituts de philosophie pour savoir si les trous existent ou non. Cette question métaphysique nécessite bien plus qu’un article. La difficulté est en effet évidente: les trous ne semblent être que des néants, des absences de matière… autrement dit, rien. Comment donc pourraient-ils être quelque chose? Le silence, lui, existe à coup sûr.

En quoi consiste-t-il, voilà une question à laquelle nous n’allons pas répondre. Encore une fois, une telle ontologie ne saurait avoir sa place ici, tant elle nécessite de lignes. Essayons cependant d’envisager non pas en quoi le silence consiste, mais à quoi il renvoie, ou si vous préférez, ce qu’il évoque, ce qui fait son intérêt. «L’homme est la mesure de toute chose», comme disait l’autre: considérons donc le silence par rapport à l’homme.

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