Pour un Valais durable (Rencontre avec Isabelle Darbellay-Métrailler)

Le Regard Libre N° 8 – Jonas Follonier

Isabelle Darbellay Métrailler, l’actuelle présidente d’Avenir Ecologie, une association valaisanne, a accepté de répondre à nos questions. Très active dans le PLR Valais depuis une dizaine d’années, elle a également été présidente des Femmes libérales-radicales valaisannes et responsable du bureau valaisan de l’égalité.

Jonas Follonier : Décrivez-nous l’association Avenir Ecologie que vous présidez.

Isabelle Darbellay-Métrailler : Avenir Ecologie est une association, créée en 2011 dans le cadre des élections nationales pour lesquelles elle avait présenté une liste apparentée au PLR. Notre association défend une écologie responsable qui réconcilie écologie et économie. Nous pensons en effet que l’écologie a beaucoup d’atouts qu’il faudrait mieux mettre en avant. C’est la seule façon d’assurer un développement durable pour notre pays et notre planète.

Qu’est-ce qui vous a fait choisir cette démarcation dans votre propre parti ?

Mon parti prône la responsabilité, or la responsabilité environnementale est une des plus importantes qui soit. Notre engagement pour le développement durable a donc toute sa place dans l’engagement de notre parti. Il faut d’ailleurs relever qu’en Valais, la préoccupation environnementale a toute sa place dans les priorités du parti, grâce notamment à des précurseurs comme Narcisse Crettenand. Avenir Ecologie a par exemple un siège au Comité Directeur.

D’aucuns vous diront que le libéralisme, ou le capitalisme, est contraire, dans sa logique même, à l’écologie : le libre marché engendre une extension infinie des biens, alors que l’écologie vise à donner des limites au niveau de la population, de l’utilisation des ressources naturelles etc. Que leur répondez-vous ?

Je ne crois pas que le capitalisme soit contraire à l’écologie. Tout bon capitaliste sait qu’il faut investir pour s’assurer des revenus futurs. Or l’écologie n’est rien d’autre qu’un investissement pour l’avenir ! De même que le capitalisme a évolué en matière de droits sociaux, il est en train d’évoluer en matière d’écologie. Plus personne aujourd’hui en Europe n’accepterait les conditions de travail qui existaient au début du siècle passé. Le libéralisme a évolué, intégrant des droits sociaux comme les vacances, la semaine de cinq jours etc. Il en va de même de l’écologie je pense. Le développement durable comprend d’ailleurs ce volet social également, en plus des volets écologique et économique.

L’une des grandes préoccupations de l’écologie actuelle est l’élevage industriel, qui engendre la souffrance et le mal-être de milliards d’êtres sensibles par année. Êtes-vous personnellement pour interdire, ou pour encadrer ce type d’ « agriculture » avec des lois strictes ?

Je suis bien sûr pour une limitation de ces pratiques pour des raisons éthiques (éviter la souffrance des animaux), sanitaires (limiter le risque de maladies et améliorer la qualité de notre alimentation) et économiques (la production de qualité amène aussi une plus-value intéressante).

Jonas Follonier : L’agriculture locale est un thème de prédilection d’Avenir Ecologie. Quels sont les moyens politiques pour la mettre en pratique ?

Isabelle Darbellay-Métrailler : C’est une raison de plus pour limiter les élevages industriels ! Les petits éleveurs locaux tirent d’ailleurs de plus en plus leur épingle du jeu. Les consommateurs apprécient les produits de qualité et sont prêts à payer plus pour cela. Pour la viande, mais aussi pour les fruits et les légumes, la production locale a de gros atouts et va se développer encore. Politiquement, il s’agit surtout d’édicter des conditions-cadres, mais l’essentiel est à faire ensuite par les producteurs eux-mêmes. Et je crois que le Valais n’est pas du tout à la traîne, contrairement à certains préjugés. Regardez par exemple le mouvement de soutien à une institution comme La Potagère qui s’est récemment développé. Enfin, les citoyens et les citoyennes ont un rôle essentiel à jouer. Au final, c’est à nous de choisir ! Choisir de consommer des produits locaux et de qualité est bénéfique pour notre santé, pour l’environnement et pour l’économie. Le développement durable est bien l’affaire de toutes et tous.

Le développement durable, justement, inclut également les énergies renouvelables, qui occupent une place importante dans votre programme. Dans quelle mesure le Valais a-t-il le potentiel de réformer ses sources d’énergie ?

En Valais, les choses sont malheureusement souvent compliquées… Les lobbies sont forts et peinent à voir le potentiel des nouvelles énergies. Le lobby hydraulique, par exemple, peine à comprendre que le développement des énergies renouvelables est son meilleur atout. Pour stocker de l’éolien ou du solaire, les barrages sont indispensables. Mais l’inverse est également vrai. Quand il n’y aura plus d’énergie nucléaire bon marché pendant la nuit, le pompage des eaux devra trouver d’autres sources d’énergie. Et je ne parle pas uniquement des installations de pompages-turbinages. Les eaux qui sont récoltées dans toutes les alpes valaisannes pour être acheminées vers les barrages ne le sont pas seulement par gravité. C’est donc particulièrement dommage que le Valais peine à se réformer et à imaginer son futur avec les nouvelles énergies renouvelables. Nous avons été avant-gardistes lors de la construction des grands barrages au siècle dernier. Mais cet esprit visionnaire manque aujourd’hui, alors même que nous pourrions devenir la place forte de l’Europe énergétique grâce aux barrages, au soleil et au vent. Au lieu de cela, chacun se bat pour défendre ses droits d’eau, ses subventions, ses acquis. Autant je suis optimiste sur la prise de conscience écologique de nos concitoyens et concitoyennes, autant je suis pessimiste sur la capacité du Valais à se réformer. En tout cas tant que la défense des acquis mobilisera toutes nos énergies, car il faut innover pour créer l’avenir. Reste à espérer que l’arrivée de chaires de recherche en énergie dans le cadre du pôle EPFL Valais-Wallis fera souffler un vent nouveau…

Enfin, si vous deviez vous définir en un mot : êtes-vous avant tout une radicale ? Une femme ? Une verte ?

Tout cela ! Pour moi, la responsabilité individuelle est la valeur principale, et elle inclut l’engagement radical, l’engagement féministe et l’engagement vert.

Merci infiniment du temps que vous avez consacré à cet entretien.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © Canal9

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