DiCaprio, simply the best

Les mercredis du cinéma – Edition spéciale: Les coronarétrospectives du cinéma – Loris S. Musumeci

Il n’avait pas encore vingt ans qu’il s’était déjà fait remarquer. Après avoir décroché quelques rôles à la télévision entre émissions, sitcom et publicités, Leonardo DiCaprio entre au cinéma en 1991 avec le film d’horreur Critters 3 de Kristine Peterson. Le film n’est pas brillant, mais l’acteur, du haut de ses dix-sept ans, se fait déjà un nom à Hollywood. Ce qui le mène deux ans plus tard à donner la réplique à Robert De Niro dans Blessures secrètes (1993) de Michael Caton-Jones. La rencontre avec cet acteur qui était déjà au sommet prendra toute son importance dix ans plus tard, parce que De Niro est l’acteur fétiche de Martin Scorsese – privilège qu’il partagera ensuite volontiers avec DiCaprio justement; et en 2002 Scorsese entamera une longue et fructueuse collaboration avec DiCaprio, sous le conseil de De Niro.

DiCaprio et la naissance du succès

En attendant, toujours en 1993, le jeune acteur fait sensation aux côtés de Johnny Depp avec Gilbert Grape de Lasse Hallström. C’est la première fois qu’il joue dans un film profond qui invite à la réflexion et qui émeut. Et c’est la première fois qu’il peut montrer que lorsqu’on lui confie un rôle, il s’y engage de toute sa personne. Jouer un handicapé mental ne demande pas qu’à parler sans articuler, pencher la tête de côté et plier ses poignets. Les rôles d’handicapés sont dans la catégories des rôles les plus difficiles à interpréter. DiCaprio y parvient, à tel point que le jeune homme de dix-neuf ans devient une référence en matière d’interprétation de personnages déficients. Il y est précis, vrai, vivant. Mais le travail est collectif; il peut compter sur un scénario bouleversant qui demande à se surpasser et sur une interaction parfaite avec Johnny Depp, qui en est aussi à la construction d’une grande carrière.

Quatre films s’ensuivent (The Foot Shooting Party, Rimbaud Verlaine, Basketball Diaries et Mort ou vif); on ne peut pas dire qu’ils fassent stagner la carrière du jeune premier, mais ils ne le révèlent pas plus que tant. Durant trois ans, DiCaprio fait ses armes dans le cinéma indépendant: il n’y gagne pas forcément en popularité, mais son expérience d’interprétation s’accroît considérablement en passant du poète Rimbaud à un rockeur junkie. En 1995, il obtient le rôle de Roméo dans Roméo + Juliette de Baz Luhrmann. Là, c’est clair. Ceux qui n’étaient pas encore tombés sous le charme de ce jeune bellâtre n’ont plus aucune excuse pour ne pas y succomber. Une beauté sensationnelle fait vibrer l’écran. DiCaprio devient l’acteur qu’on aime voir dans les films rien que parce qu’il est sublime. Les jeunes filles l’ont toutes en poster dans leur chambre; pas de doute.

DiCaprio en Jack dans «Titanic» © Twentieth Century Fox

DiCaprio et Winslet

La consécration définitive arrive deux ans plus tard avec le mythique Titanic (1997). A vingt-trois ans, DiCaprio tient la vedette dans l’un des films qui ont eu le plus de succès dans l’histoire du cinéma, avec un réalisateur, James Cameron, qui jusqu’à ses derniers projets ne cesse d’épater le monde du Septième Art, où il occupe une place majeure. DiCaprio montre qu’il n’est pas seulement craquant et plutôt doué, il montre qu’il est l’un des meilleurs acteurs. C’est comme si sa carrière jusqu’aujourd’hui avait déjà été annoncée par son rôle de héros romantique de Jack dans Titanic. Non pas que ses rôles se ressemblent tous, mais ils gardent tous un caractère romantique, jusque dans la folie de Shutter Island (2010). Titanic, c’est également pour DiCaprio la rencontre avec Kate Winslet, qui est devenue dès lors sa meilleure amie.

Le parcours de ces deux jeunes prodiges se poursuivra devant la caméra de Sam Mendes – époux de Kate à ce moment-là – en 2008 avec Les Noces rebelles. Ce film, qui n’est ni la réalisation la plus reconnue de Mendes, ni l’occasion pour DiCaprio d’offrir sa meilleure interprétation, reste cependant une œuvre excellente, mais surtout un accomplissement pour le réalisateur comme pour l’acteur. Pour le réalisateur, Sam Mendes, Les Noces rebelles est un accomplissement de son premier film American Beauty (1999), dans la mesure où il y dépeint la vie bourgeoise dans son penchant plus tragique, alors que si American Beauty connaît bel et bien une fin tragique c’est avant tout une comédie. Pour l’acteur, il y a aussi un accomplissement. Il retrouve Kate Winslet dix ans après Titanic et les deux acteurs, à nouveau en couple dans le rôle respectif qui leur est confié, montrent ce qu’aurait pu être la suite du Titanic si Jack avait survécu.

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Jack et Rose se seraient mariés, dans le désir de continuer une relation totalement romantique et passionnelle, mais se seraient retrouvés dans le piège de «l’insignifiance désespérante» de la vie bourgeoise. Le couple, gravé dans l’histoire du cinéma que forment DiCaprio et Winslet par Titanic, tient un discours complet sur l’amour grâce aux Noces rebelles en fait, en passant de la folle aventure à la vie normale. C’est le parcours de quasiment tous les couples. Ils se rêvent en Jack et Rose du Titanic, et se retrouvent Frank et April des Noces rebelles. Ce ne sont pas seulement les films qui nous révèlent la réalité à travers la fiction, mais les acteurs qui incarnent leurs personnages aussi.

Mais entre Titanic et Les Noces rebelles, il y a eu d’autres rôles et d’autres réalisateurs pour DiCaprio, et pas des moindres. C’est d’ailleurs après le succès phénoménal de Titanic, que DiCaprio s’est fixé de ne jouer que pour les plus grands, et de n’interpréter que des personnages complexes, où son travail serait une incessante exploration des psychologies humaines les plus intéressantes. Il travaille alors, une année après sa collaboration avec Cameron, pour le maître Woody Allen dans Celebrity.

Leonardo DiCaprio © Italy Foto Press

DiCaprio et Scorsese

En 2002, il devient avec Gangs of New York le nouvel acteur fétiche de son réalisateur préféré: Martin Scorsese. La collaboration continue entre les deux italo-américains, qui en plus d’avoir en commun un talent hors-norme dans leur domaine et l’amour inconditionnel du cinéma ont tout simplement la classe comme on l’adore. Aviator et Les Infiltrés ont connu le succès qu’ils méritent, mais le couple Scorsese DiCaprio réserve au public des surprises encore plus considérables dès 2010. En attendant la nouvelle décennie, DiCaprio a eu l’occasion de s’essayer aux films d’action, et a pu jouer avec Tom Hanks pour un certain Steven Spielberg dans Arrête-moi si tu peux (2002).

Avec les années 2010, le talent de la star casse tout. Comme annoncé, Scorsese et DiCaprio préparent une surprise et elle ne tarde pas à inaugurer la décennie la plus importante à ce jour pour l’acteur avec Shutter Island en 2010. Entre le flic dépressif et le fou, Scorsese donne l’opportunité à son protégé d’incarner un rôle nouveau, on ne peut plus angoissant, on ne peut plus réussi. DiCaprio le lui rend bien. Il offre au film de Scorsese ce gros plus à travers son jeu qui rend le film encore plus vertigineux qu’il n’était prévu par son scénario. Avoir DiCaprio comme acteur, au même titre qu’avoir Tom Hanks ou Robert De Niro, donne l’assurance à un réalisateur d’obtenir à la clef un film qui ne se contente pas d’être réussi ou d’avoir du succès, mais d’offrir au cinéma et à ses spectateurs une expérience nouvelle.

Après Shutter Island, Scorsese et DiCaprio se retrouvent pour Le Loup de Wall Street (2013), non moins exceptionnel. Et puisque les deux semblent avoir désormais pour coutume de réserver une surprise à chaque début de décennie, il ne reste qu’à se réjouir de découvrir le prochain film de Scorsese Killers of the Flower Moon – où De Niro rejoint le duo de choc – qui devrait sortir dans l’année. Entre Shutter Island et Le Loup de Wall Street, DiCaprio n’a pas chômé. Bien au contraire, il a découvert d’autres réalisateurs, sans conteste les meilleurs actuellement. En 2010, il travaille avec Christopher Nolan dans Inception. En 2011, avec Clint Eastwood pour le biobic fascinant J. Edgar sur le premier directeur du FBI.

Leonardo DiCaprio et Brad Pitt dans «Once upon a Time in Hollywood» © Sony Pictures

DiCaprio et l’élite du cinéma

Et comme si Nolan et Eastwood ne suffisaient pas au palmarès, bam! DiCaprio joue pour Quentin Tarantino dans Django Unchained en 2012. Son second rôle de négrier Calvin, le mène à une deuxième collaboration avec Tarantino – tiens, un autre italo-américain? comme quoi il y a quelque chose entre les Ritals et le cinéma – en 2019 avec Once Upon a Time in Hollywood. Je suis peut-être trompé dans mes considérations par l’amour passionnel et néanmoins platonique – pour l’instant… – que je voue à Margot Robbie, mais c’est pour moi et le meilleur film de Tarantino et le film où DiCaprio obtient son meilleur rôle en Rick Dalton.

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Même si à mes yeux aucun rôle ne vaut celui-là, DiCaprio a tout de même été magnifique dans Gatsby le Magnifique (2013) de Baz Luhrmann, qu’il retrouve après presque vingt ans et à qui il doit tant pour Roméo+Juliette. Rick Dalton n’empêche pas de reconnaître le talent d’un DiCaprio barbu, négligé et sauvage dans The Revenant (2015) d’Alejandro Gonzales Inarritu, pour lequel il a obtenu pour la première et unique fois jusqu’à présent l’Oscar du meilleur acteur. En effet, il est doué dans ses cris de souffrance – le personnage qu’il interprète, Glass, a été déchiqueté par un grizzly, j’en conviens, ça doit faire un peu mal – mais il a sans doute été davantage récompensé pour le parcours et l’évolution accomplis en vingt ans de cinéma, que précisément pour ce rôle-là, qui tout important soit-il, laisse tout de même un peu de déception. DiCaprio, c’est la beauté et le charme, alors son allure d’homme des cavernes détonne un peu.

Enfin, il y a l’acteur, et il y a l’homme. Certaines biographies éclairent des œuvres. D’autres, importent peu. DiCaprio est DiCaprio dans les rôles qu’il joue. Ses engagements politiques et sociétaux sont louables, sans doute authentiques, mais n’interfèrent pas dans son jeu. DiCaprio a le mérite de distinguer clairement ses engagements en tant que citoyen démocrate qui œuvre en faveur de l’enfance et de l’écologie, et ses engagements d’acteur. Sa vie amoureuse ressemble en revanche davantage à de nombreux rôles qu’il incarne, dans la mesure où elle est très mouvementée, mais toujours avec des femmes qui concourent en beauté les unes avec les autres. Mais DiCaprio, c’est pour moi, Roméo, Jack, Rick Dalton et tant d’autres. DiCaprio, c’est du rêve qui devient réalité à l’écran. DiCaprio, c’est l’élite du cinéma. DiCaprio, c’est simply the best.

Au programme aujourd’hui avec «Les coronarétrospectives du cinéma», vous retrouverez les critiques de quatre films dans lesquels DiCaprio a brillé, vous a charmés, vous a fait peur ou vous a donné la soif du succès:

Roméo + Juliette (1996) de Baz Luhrmann
Arrête-moi si tu peux (2002) de Steven Spielberg
Shutter Island (2010) de Martin Scorsese
Le Loup de Wall Street (2013) de Martin Scorsese

Ecrire à l’auteur: loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo: © Instagram de @leonardodicaprio official

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